Peindre avec Ito Jakutchu 伊藤若冲

Ito Jakutchu (1716/ 1800) né à Kyoto, est un peintre qui a vécu au cours deuxième partie de la période Edo, une époque particulièrement riche en créativité. da2f7dd9ff3d76136716e18abcc7e4b7
Issu d’une famille de riches marchand, libre de toutes contraintes économiques et mêmes artistiques, sa formation a principalement dérivé de sources d’inspiration issues de la nature et de l’examen des peintures chinoises dans les temples Zen.

Il croyait que toutes les créatures vivantes avaient le «shinki» (Esprit de Dieu), et il a commencé à peindre pour le capter.

Certaines sources indiquent qu’il a peut-être étudié d’après l’oeuvre de Ooka Shunboku , un artiste connu pour ses peintures de fleurs et d’oiseaux. Bien qu’un certain nombre de ses tableaux représentent des créatures exotiques ou fantastiques, telles que les tigres et des phénix, il est évident à partir du détail et l’aspect réaliste de ses tableaux de poules et d’autres animaux qu’il a basé son travail sur l’observation réelle. Ses modèles sont des oiseaux qu’il élève dans son jardin dont un paon et un perroquet, très rare à cette époque, et diverses sortes de coqs.
Daiten Kenjō, supérieur du temple Shōkoku+ji, qui entretint une amitié profonde avec le peintre, nous transmet dans le texte «Ketsumei» gravé sur une stèle à la mémoire de l’artiste: «Il n’y a rien qui surpasse le fait de regarder les choses directement, et de faire fonctionner son imagination sur ce qu’on va peindre. C’est cela le plus important»
Par ailleurs , il est amusant de constater que certaines oeuvres plus fantaisistes ont pu être inspirées par des albums à dessin alors que la technique de l’estampe était en plein essor. En effet , dans sa série “le monde coloré des êtres vivants” on peut découvrir la représentation de coquillages étalés sur le sable dans une disposition loin d’être réaliste. Elle pourait avoir été inspirée par l’album “Dessins pour ranma” publié en 1734 par Ooka Shunboku, alors que Jakutchu avait tout juste 20 ans.
5438acc5222015fa4d11439e7b248fee
Jakutchu travaillait donc en observant minutieusement la nature , mais il développa son style si original grâce également à la copie de peintures anciennes, en déformant les modèles et en les personnalisant.

Il est également tout à fait possible que le modèle, avec sa facture liée étroitement à la gravure sur bois aie facilité la stylisation de certaines des oeuvres de Jakutchu.

On peut d’ailleurs penser qu’il en fut autant pour un grand nombre d’oeuvres réalisées par les peintres de cette période, qui sont paradoxalement très souvent des copies de maîtres anciens. La raison est que les techniques de reproduction (l’estampe) ont contribué à l’apparition de nouveaux styles de peinture, grâce à une large diffusion des modèles, qui furent accessibles aussi bien aux autodidactes qu’aux étudiants des écoles, et aux artistes professionnels; mais aussi grâce à l’obligation pour le peintre de “copier sans copier”, de donner un caractère physique au modèle issu de procédés mécaniques, et donc de trouver des solutions plastiques pour transcender le modèle. C’est alors qu’apparaitra entre autres, la peinture au doigt (Shitogâ) et la peinture sous l’emprise de l’alcool (Suisaku).
Pour revenir au peintre Ito Jakuchu, j’ai pu découvrir grâce à mon amie Emiko un très intéressant documentaire qui lui était consacré sur la chaine japonaise NHK.

On découvre dans ce très beau documentaire, une exploration microscopique de quelques oeuvres de Jakutchu. En effet au Japon, pays à la pointe du point de vue technologique se trouvent les outils les plus perfectionnés du monde comme j’ai pu le découvrir lors de ma visite de l’Université Kibi .
Instantané 7 (22-02-2013 16-59)Instantané 11 (22-02-2013 17-05)
Pour commencer, l’étude de l’oeuvre “Érable et petits oiseaux” rouleau peint sur soie, montre grâce à l’observation avec un matériel de haute technologie, le procédé que le peintre a utilisé pour obtenir une vibration des couleurs.

Le peintre a utilisé le procédé “ura-gu” (coloration inversée):

L’application de l’ura-gu est limitée à la soie et principalement aux thèmes des figures, fleurs et oiseaux. La même couleur est appliquée sur l’envers puis sur l’endroit. Habituellement la même couleur est utilisée sur l’endroit et l’envers, mais cela dépend de celle utilisée sur l’endroit; une couleur différente peut être utilisée. L’application de l’ura-gu est considérée comme un style de peinture.

ito_jakuchu_maple
Après avoir reproduit le procédé, on constate en comparant deux modèles peints avec coloration unique et coloration inversée, la manière dont se reflète la lumière sur les particules de couleurs.
Instantané 2 (22-02-2013 16-54)

Instantané 6 (22-02-2013 16-57)

Il en résulte une vibration et une luminosité augmentée sur le modèle en coloration inversée.
Des années plus tard les impressionnistes et les pointillistes utilisèrent d’autres procédés dans leur quête de la lumière.
Instantané 3 (22-02-2013 16-55)

Une autre oeuvre est ensuite l’objet d’une étude approfondie: “Le vieux pin et le phoenix blanc” est une peinture qui fait partie des 30 rouleaux de la série “le monde coloré des êtres vivants” comme le précédent.
5NL7unq
Cette fois l’arrière de l’oiseau au verso de la soie est recouvert de feuille d’or pour obtenir un effet translucide grâce à la finesse de la trame.
Instantané 19 (22-02-2013 17-14)

Dans le cadre d’un cours j’ai proposé à une élève de travailler à partir d’une oeuvre d’Ito Jakutchu.
Mouki a choisi “les coqs”
Ce n’est pas réalisé sur soie mais sur papier japonais, les pigments sont des pigments suihi.
C’est un bel exercice et une occasion d’apprendre à travailler le plumage façon “écailles de poissons” comme le représentait le peintre.
IMG_7098

IMG_7117

Quelle est la plus grande difficulté que rencontrent les élèves?
Ralentir, prendre le temps, laisser au pinceau le temps de déposer les pigments, ne pas s’inquiéter du temps que cela va prendre.
002

005
Souvent dans le cadre d’un cours je réalise de petits modèles pour montrer comment je procède par exemple ici avec les plumes. Pour ce cours, j’ai séparé les deux coqs du modèle original.

Sources:
– Les peintres de Kyoto au XVIII siècle ou la peinture à l’époque de sa reproductibilité technique – SATO Yasuhiro
– An Illustrated Dictionary of Japanese-Style Painting Terminologie
– Kyōji TAKUBO,conseiller culturel du sanctuaire de Konpirasan – Osamu IKEUCHI

Advertisements

2 comments on “Peindre avec Ito Jakutchu 伊藤若冲

  1. pcNielsen says:

    Thanks for sharing this. Fascinating that there is a word for painting while drunk!

  2. Tina says:

    thanks for sharing,

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s